EP #4 : Le trésor de l’attention
Transcription textuelle du podcast
Bonjour, et bienvenue pour ce quatrième épisode de Réflexions !
Aujourd’hui, je vais aborder un thème sur lequel je me suis très souvent exprimée : l’algorithme des réseaux sociaux. Cependant, je voudrai surtout m’axer sur ce qu’il y a de plus précieux en vous, et qui vaut une fortune dont vous n’avez probablement pas idée : votre attention.
Je vous propose ce podcast comme un conseil d’ami, et votre esprit fera le reste. Respirez à fond, je vous emmène sous la surface de l’écran. Trois, deux, un…
Dans le premier épisode, je vous parlais de prendre le temps, de ralentir, et si je me suis surtout axée sur l’accélération des médias, avec le fameux bouton « x2 », je pensais aussi beaucoup à toute cette folie concernant les réseaux sociaux, où trop n’est jamais assez. Mais, pour que tout cela fonctionne, il faut un mouvement magique la main : le scroll ! Faire défiler les publications jusqu’à plus de batterie ou, pour les moins connectés, jusqu’à ce que le lobe frontal du cerveau lance une alerte : « Stop ! Arrête ! Warning ! Danger ! Basta ! ». Vous l’aurez compris : sans vous, pas d’eux ! « Eux », ce sont les réseaux sociaux, appelés « médias sociaux » outre atlantique, et pour que les dirigeants de ces plateformes puissent dominer le monde, il faut vous rendre accro, et pour ça, ils ont l’arme ultime : l’algorithme.
Au début, il n’y en avait pas. Vous pouviez actualiser la page principale de Facebook, s’il n’y avait pas de nouvelles publications de la part de vos amis, il n’y avait rien de nouveau à afficher. Aujourd’hui, vous pouvez réactualiser la page autant que vous le voulez, vous aurez des publications d’il y a quelques mois, des suggestions de pages, de groupes, des pubs, etc. Il y a toujours quelque chose à regarder et, avec l’arrivée des vidéos en formats courts, rien ne va plus. Le scroll est officiellement devenu une maladie non reconnue, un trouble psychologique moderne.
Loin de moi le désir de vouloir cracher sur tous ces réseaux, même si je n’en fréquente que peu d’entre eux, car je suis en effet utilisatrice, créatrice de contenu et que j’y trouve des perles d’idées et d’entraides concernant mes passions. Mais là où mon esprit s’inquiète et parfois-même se perd, c’est devant l’obligation déguisée en challenge infantilisant, de réaliser plus de contenu pour être vu ou entendu et, par extension, de travailler gratuitement à la rétention d’attention de purs inconnus que l’on va scotcher à son écran. En somme, les créateurs se tiennent la main pour créer une chaîne de rabattage, et les consommateurs (ce que sont aussi les créateurs !) se retrouvent coincés dans une nasse de divertissement infini. Ca me fait d’ailleurs penser à ces légendes autour des cercles de fées. Généralement, c’est un cercle de champignons dans l’herbe. Il est dit que si l’on entre dans ce cercle, les fées y danseront avec nous jusqu’à ce que mort s’en suive, sans se rendre compte de rien. Oh, coïncidence !
Malgré le fait de trouver son compte sur ces réseaux, tout en enregistrant certaines publications (sur lesquelles on ne reviendra souvent jamais), c’est finalement une perte de temps considérable, et totalement invisible. Et ça, c’est très, très vicieux. On appelle cela la rétention d’audience, la rétention de l’attention. En fait, la rétention de la vie, des rêves, de l’instant. Le créateur, tout en étant consommateur averti, se rend complice d’une machinerie diabolique pour servir ses intérêts. Et le consommateur non averti, lui, en redemande et s’emprisonne librement dans un cycle infernal qui lui volera bien des jours de vie. J’en entends dire qu’il en a été de même pour la télévision ou les jeux vidéo jusqu’ici, mais les programmes n’intéressaient pas tous, on ne transportait pas sa télé partout sur soi et on sait aujourd’hui que les jeux vidéo font travailler le cerveau, s’ils sont utilisés dans le bon sens, bien entendu. Ici, plusieurs études confirment que le cerveau devient totalement passif lorsque l’on scroll, et il n’y a pas d’heures, pas de limite, pas de rendez-vous, seulement une myriade d’informations défilant les unes après les autres, disponibles 7/7j 24/24h.
Alors, que faire ? Partir, rejeter le tout, faire bande à part ? Ou bien s’y investir puisque c’est ainsi que ça fonctionne de nos jours ? Ma foi, j’ai toujours cherché un équilibre à ce sujet… Ces plateformes sont des opportunités fantastiques, gratuites, laissant encore assez de liberté d’expression même si la censure va bon train. C’est merveilleux pour parler de son petit business et vendre en ligne, et que dire du partage de savoir, de pensées, de lieux, etc. ? J’ai peut-être une solution… mais avant tout, voici une petite anecdote personnelle.
Pour améliorer mon entreprise, j’ai été mise en contact avec une personne dont le métier est de développer les projets, afin de les mener sur la voie de la réussite. Cette personne me demande si je suis sur les réseaux sociaux, ce à quoi je réponds : « Oui, mais je ne les utilise plus trop, je ne supporte pas l’idée de voler du temps de vie aux gens. » Il m’a regardé avec de grands yeux ronds, plus intéressé par ma réflexion que surpris par mon choix. Je lui explique que si c’est gratuit, c’est nous le produit (je n’apprends rien à personne), et que je ne veux pas travailler contre mes « frères humains » si je puis dire, pour servir leurs enjeux financiers. Comprenant très bien mon discours, il m’a finalement dit : « Spirituellement c’est compréhensible, mais il faut impérativement que tu sois sur les réseaux sociaux. Tu dois impérativement être présente, te montrer, faire voir que tu es là, mettre plusieurs fois par jour sur le tapis ce que tu vends. Sur tous les réseaux. Dis qui tu es, quel est ton talent, qu’est-ce que tu peux livrer aux gens. Et de la sorte, retiens leur attention. » Et moi, j’ai répondu très innocemment, avec la petite anxiété sociale qui est la mienne : « Mais je ne veux pas retenir leur attention. Je ne veux pas parce que je ne peux pas faire ça d’un point de vue humain. C’est terrible de se dire que je poste pour avoir votre attention afin de pouvoir développer une entreprise, un personnage, un projet, que sais-je. J’utilise ce que vous avez de plus précieux dans la vie, après votre santé. Votre attention. Et alors, je vous distrais. Mais ce qui est plus terrible encore, ce n’est pas tant que ce soit moi qui le fasse, c’est que je sois une goutte dans l’océan de cette rétention d’attention. Une goutte parmi tant d’autres. Toutes ces gouttes qui essayent, plusieurs fois par jour, en envoyant des signaux de leur existence sur les réseaux sociaux, qui envoient encore et encore de la demande d’attention, et qui n’améliore pas le monde de la sorte. »
Bon, autant vous dire que là, il a posé son stylo, m’a regardé droit dans les yeux et m’a simplement répondu : « Je pense que tu te prends trop la tête. C’est une discussion qui n’a pas lieu d’être. Tu dois y être. »
Ah… Voir que l’on comprend, que l’on sait, mais que « c’est tout, c’est comme ça que ça fonctionne » il n’y a rien de pire pour moi, qui souhaite offrir quelques rayons de pleine lune dans les ténèbres, et qui in fine se retrouve à devoir retenir l’attention sur le fait que je suis la lune. Vous voyez ? Parce que de la sorte, je ne peux plus poster quelques pensées, je dois définir une stratégie et donc élaborer ces pensées et les représenter totalement en les faisant miennes.
Cela me rappelle une autre anecdote. J’étais jadis sur un forum qui incluait une section poésie. Lorsque j’avais un bon texte, je le postais et j’en recevais des commentaires. Une autre personne postait plusieurs fois par jour jusqu’à ne plus avoir de commentaires. Elle a commencé à s’en plaindre et un utilisateur lui a donné une réponse que je n’oublierai jamais parce qu’elle m’a beaucoup influencée jusque-là. Il lui a tout simplement dit : « Si tu sors n’importe quel texte de ton tiroir juste pour poster et te faire voir, oui, on va te voir mais on ne lira plus forcément, car la qualité ne peut pas être toujours au rendez-vous. Prends Ice, par exemple (mon pseudo, à l’époque), elle poste une fois de temps en temps, mais c’est toujours un texte travaillé, soigné, choisi, on a envie de lire, de voir où en elle en est et pourquoi pas de réagir. » Alors, je me suis fait la réflexion que ce que je faisais naturellement, à ma façon, était apparemment une excellente façon de faire. Aujourd’hui, les réseaux ne soutiennent pas cette façon de faire là, mais la première. Que le contenu soit médiocre, pas de souci, tant que tu es là tous les jours. Bon.
La plupart du temps, si on s’investit sur ces plateformes, c’est pour gagner de l’argent. Pour gagner de l’argent ou… de l’amour. Parce que c’est bien les deux seules choses qui comptent dans la vie de tout un chacun. Avoir suffisamment d’argent et avoir suffisamment d’amour. Retenir l’attention d’une personne est, selon moi, une sorte de crime spirituel massif. La vie est courte. Et ce qui m’est insupportable en fait, c’est que la plupart des personnes qui vont écouter ou regarder tous ces petits partages, qui sont même parfois des partages qui n’ont pas d’autre utilité que d’être un signe de présence de ma part sur les réseaux sociaux, et bien ces personnes-là, elles ont des rêves. Et, en postant, comme tant postent également, on retient l’attention à large échelle. Je n’avais pas cette impression lorsque j’avais seulement mon blog ou ma chaîne YouTube, mais sur les plateformes comme Instagram, Facebook ou Tiktok, on est obligé d’en avoir conscience, tôt ou tard. Je mets une brique de plus dans le mur, comme dirait Pink Floyd. Et ces plateformes ont été créées pour ça afin de générer un chiffre d’affaires démentiel, et rien d’autres.
Alors, j’ai d’abord commencé par prendre du recul, beaucoup de recul, on ne poste plus pendant des mois, on observe, et on observe l’observateur, à l’intérieur de nous. Chacun a sa place, dans la rue ou dans la virtualité, mais chacun a sa place, et chacun retient l’attention, d’une façon ou d’une autre, réseaux ou pas. J’ai donc compris que le problème n’est pas de la retenir, car tout peut retenir notre attention pour un temps plus ou moins long, le problème est d’en faire la rétention, c’est-à-dire de la maintenir sur quelque chose le plus longtemps possible. Et moi, ce n’est pas ce que je veux. Alors, lorsque je suis revenue sur les réseaux sociaux il y a peu, j’ai décidé que c’était pour l’utiliser en « panneau d’affichage ». Je pense simplement que le fait d’exister et d’envoyer des petites bouteilles comme ça, avec des messages globaux, via des vidéos, des sons ou même ce podcast, c’est amplement suffisant parce qu’une fois généré, partagé, ils ne m’appartiennent plus. C’est comme une sorte d’appel qui dit : « Fais-le ! », qui est mis comme ça à disposition et Dieu saura exactement à qui proposer ce contenu.
Voici donc ma solution : créer parce que cela m’est commandé, partager, ne plus penser à l’heure, aux hashtags, aux filtres, et tout ce que l’algorithme demande en somme. Simplement, créer, partager, et lâcher. Ne plus regarder la statistique de likes, d’abonnés, de repartages, ne plus nourrir la chaîne de rabattage, et simplement être. Afficher la création, se dire qu’elle saura servir à qui en aura besoin, puis repartir. A un moment donné, il faut cesser d’avoir peur et choisir Dieu comme algorithme ! Lui, je lui fais confiance ! Concernant une solution pour la simple consommation, je vais aborder cela un peu plus loin.
La rétention d’attention des gens est terrible, dans le sens où on nous dit de faire comme-ci, comme-ça, de s’adapter, de s’harmoniser dans un seul et même rythme. Nous, créateurs de contenu, mais pourquoi, finalement ? Eh bien, pour des grandes multinationales, nous sommes des petits soldats qui travaillons à retenir l’attention d’ouvriers. Si on devait prendre une hiérarchie d’insectes, il y a les petits soldats qui sont créateurs de contenu, et puis il y a les ouvriers qui doivent regarder, qui doivent donner de leur temps, qui doivent donner de leur essence de vie, grain de sable après grain de sable, épuisant leur sablier dans un gouffre sans fond, que représentent les multinationales qui ont créé tous ces réseaux.
Si nous utilisions tous les réseaux comme un simple panneau d’affichage et non plus un miroir à faire briller l’ego, il y aurait moins de tristesse. Car les gens sont devenus tristes, à force de comparaison, de compétition, d’uniformisation. Mais, à trop laisser ces produits, pourtant bien utile je vous l’accorde, capter notre attention, on ne peut qu’en devenir triste, car on n’agit pas pour le Plus Grand Bien. On s’endort, tout doucement, en nourrissant les rêves des autres…
Mais moi aussi, mon attention est retenue, bien sûr. Mon attention est souvent retenue. Je consomme comme n’importe qui, toutefois j’essaye de consommer ce qui va me faire réfléchir, qui va m’aider à perfectionner telle ou telle activité que je pratique, me faire découvrir des films d’auteurs, ou des musiques de la scène underground.
Pour cela, je montre à cet algorithme ce que je veux voir. Donc, je vais communiquer avec lui par mes actions en lui disant, en somme : « Tiens, regarde, je mets un j’aime ici, je regarde cette vidéo en entier, je la regarde même deux fois, etc. » Et il suffit de faire ça pendant quelques minutes, quelques jours d’affilés, et alors, le flux d’actualité va se modifier et je pourrai consommer ce qui peut me construire. Mais c’est une fausse solution, ça permet seulement de ne pas s’encombrer de médiocrité quand on veut prendre soin de sa cervelle. Le mieux, et c’est ce que j’ai adopté depuis un bon moment, c’est que lorsque je veux délibérément offrir mon attention à des créateurs de contenu, j’enclenche mon minuteur sur 5, 10 ou 15 minutes maximum, et je me fais forte de ne pas passer plus de 30 minutes par jour sur l’ensemble des réseaux, publications personnelles y comprises. Depuis, je créé beaucoup plus, je produis ce que mon âme me commande et je suis bien plus en paix avec moi-même.
Il en faut tellement peu pour que les réseaux prennent une place immense qui nous empêche souvent d’être heureux. C’est comme ça, une poignée de personnes ont programmé une arme d’asservissement massive. C’est comme une sorte de pilule qui a détraqué nos hormones, et on en veut plus, on en veut toujours plus, jusqu’à se ruiner. L’attention. De l’or en barre, littéralement.
On veut des vidéos qui défilent, encore et encore, pour débrancher ou se reposer. Parfois, il y a notre petit chat, notre petit chien qui est à côté, qui aura sûrement moins de temps à vivre que nous, qu’on ne regarde pas, qu’on ignore, qu’on repousse un peu parce qu’on est occupé à regarder des vidéos en boucle. Notre enfant qui va être là, à côté de nous, qui va avoir besoin d’un temps d’échange, ou simplement une présence, un câlin, quoi que ce soit, et on repousse un peu ce temps parce qu’on est en train de regarder des vidéos, on est en train de faire une énième publication pour ne pas être oublié ou perdre sa place dans le top.
Sans s’en rendre compte, cette fin d’après-midi qui aurait pu porter une balade régénératrice s’est transformée en un immobilisme inconscient. Il fait déjà la nuit, on pourra peut-être s’émerveiller demain, mais la grosse machine capitaliste nous prend encore entre ses mâchoires et on est broyé jusqu’au soir où peut-être on va pouvoir s’extasier de quelque chose, mais non, il y aura le smartphone qui sera toujours là, l’attention qui sera toujours demandée, et cet algorithme toujours mieux dressé pour nous manipuler, manipuler notre attention, faire oublier les rêves, faire oublier les projets, parce que ce qui compte, ce n’est pas le projet, ou le rêve, ou la réalisation personnelle que chacun peut avoir dans sa vie. Ce qui compte pour toutes ces grandes multinationales, c’est leur rêve à eux, et la façon de pouvoir le réaliser, de continuer à le réaliser, et d’aller toujours plus loin pour ce rêve de grandeur. Ce qui compte, c’est de manger vos rêves pour nourrir les leurs. Ce sont de grandes entreprises qui ont de grands rêves et, pour pouvoir les élever, les voir grandir, s’en servir, ils donnent en pâture vos rêves, grâce à votre attention que vous donnez à leurs plateformes, par l’intermédiaire des créateurs de contenus. Les rêves se mangent les uns les autres. Finalement, ce sont les personnes qui consomment sans produire qui sont les plus vulnérables, car lorsqu’enfin pointe une idée, elle est immédiatement arrachée du geste créateur par un scroll frénétique, addictif.
Pour conserver votre esprit clair, pour recevoir la guidance des anges, remplacez donc un peu de cette folie par le silence, dans un simple moment de rencontre avec vous-mêmes, assis confortablement dans un endroit que vous aimez. Faites silence. Écoutez… Vous entendez ? J’entends un rêve naître au fond d’un cœur qui pensait n’en avoir aucun.

Au fil du chemin, au coeur de la nature, lui sont inspirés des thèmes qu’elle partage ensuite, flamme après flamme, pour éclairer les coeurs enténébrés.