EP #3 : Donner pour recevoir ?
Transcription textuelle du podcast
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Bonjour et bienvenues pour ce troisième épisode de Réflex’ions !
J’ai récemment entendu quelqu’un dire que tout dans la nature est conçu pour servir et offrir. Immédiatement, ces mots ont fait défiler en moi une succession d’images, puis un début de raisonnement, pour enfin aboutir à une évidence. Cette évidence, je la cherchais depuis toujours, car elle concerne le nerf de la guerre : l’argent. Mais plus encore, la rétribution financière en échange d’un talent, d’un don, d’une capacité que l’on va choisir comme travail pour « vivre ».
J’ai imaginé un arbre. Un pommier. Il est vrai qu’il fait sa vie sans attente, suivant le mouvement de la grande Intelligence Universelle que nous appellerons Dieu. Sortant de l’hiver, il présente ses bourgeons au printemps qui l’emmène vers la floraison puis, l’été vient et l’aide à faire grossir ses fruits gorgés de soleil, de sucre et d’eau. La pomme est mûre, l’automne effeuille les branches et le nouvel hiver fait s’endormir notre arbre, qui repartira pour un nouveau cycle, durant lequel il servira la nature dont il fait partie, en offrant ses fruits pour nourrir autrui.
Si je reviens à ma citation selon que dans la nature tout est conçu pour servir et offrir, qu’en est-il de nous, humains, dans notre vie professionnelle ? Car si l’on sait servir et offrir dans nos relations, sans aucune attente, seulement parce que l’on se plaît à être là pour quelqu’un qui nous est cher, il n’en va pas de même pour le monde du travail. Dans le relationnel, on offre parce que l’on reçoit automatiquement de l’amour. Que l’autre le veuille ou non, on le reçoit parce qu’il y a ce « plaisir d’offrir », plus ou moins grand selon la qualité de la relation, bien évidemment. Il en est de même pour le bénévole, qui va donner de lui sans autre rétribution que ce même plaisir d’avoir offert du temps et de la force à un projet auquel il croit. Tout se passe bien, non ? Mais l’artiste, l’artisan, le devin, le médecin, sont-ils capables eux, de travailler sans être payés malgré le plaisir qu’ils peuvent prendre dans leurs activités ? Si l’argent n’existait pas, ils pratiqueraient tout de même… par plaisir. Mais l’argent existe. Enfin… Le bénévole travaille à côté, où il a enfin sa retraite bien méritée. L’employé travaille pour « gagner sa vie » et le fait avec plus ou moins de plaisir selon l’intérêt qu’il porte à son poste, se mettant en sécurité, à l’abri des rêves d’un entrepreneur qui leur a offert une place au sein de sa société. C’est le cas des artistes, libéraux et autres indépendants qui m’intéressent, car eux aussi ont besoin d’argent, pour la même raison. Cela est dû au simple fait qu’ils vivent tous dans un système qui a imposé l’argent, son échange monétaire, ses impôts et sa ribambelle de taxes. Mais s’il n’y avait pas eu l’argent, il y aurait eu le troc, et bien avant cela, l’échange de services. L’humain a toujours donné quelque chose en retour d’un bien ou d’un service, sauf en amour où l’énergie circule d’elle-même, naturellement, sans retour sur investissement de temps ou d’argent.
Alors, nous qui faisons partie du grand cycle de la vie, animal humain ayant gagné le haut de la chaîne alimentaire, comment est-il possible que nous ne soyons pas capables de servir et d’offrir sans attente, comme le pommier offre sa pomme sans demande de rétribution ? Eh bien, c’est en me posant cette question que ma réflexion est devenue une révélation : rien dans la nature ne donne sans recevoir, naturellement, automatiquement, sans peur ni concurrence. La nature collabore, s’ancre dans le Tout, non infectée par l’égo. Dans cette nature qui nous montre constamment l’exemple, offrir c’est être, et recevoir c’est accepter que la conséquence d’être, c’est d’avoir. Pas l’inverse.
Une question que je pose à beaucoup de gens dans la difficulté professionnelle, qui veulent impérativement recevoir un salaire en échange de leur don ; je leur demande simplement : « Est-ce que vous continueriez à faire ce que vous faites si l’argent n’existait pas ? » La réponse n’est pas si surprenante : beaucoup réponde non, parce que c’est juste pour avoir de l’argent et que cet argent paie leur liberté de consommation et de mouvement. Peu répondent un grand OUI, assurant que cela ne pourrait être possible autrement. Si l’argent n’existait pas, l’ébéniste passionné continuerait de fabriquer des meubles, en y mettant le plus possible de son temps, de son cœur, de son talent. Il y trouverait une joie quotidienne irremplaçable, parce qu’il sentirait tous ses sens en émoi dans son atelier. Et puis il y a la majorité qui répondra par l’affirmative sans rien en faire, tout en déplorant qu’un tel investissement ne ramène que peu ou pas d’argent. Là est le piège : il y a des passions, des formations, qui ne mèneront à aucune abondance, tout simplement parce qu’elles sont issues d’un mensonge. On n’imagine pas à quel point on peut s’inventer un destin, par comparaison, par esthétisme, par pouvoir, parfois juste parce qu’on a l’impression d’avoir trouvé un Graal et que l’on veut le partager sans même l’avoir bien éprouvé. On est à mille lieues de soi, costumés, grimés, préparés, et étrangement, on s’étonne d’être pris pour des clowns !
Quand on va son chemin, sincère avec soi-même et son cœur, on est capable d’offrir et de recevoir, simplement parce que cela est comme la nécessité de prouver son amour à la personne que l’on aime. On le fait, parce que c’est un élan sincère, inspiré, et sans rien savoir de ce qui nous attend derrière ce mot d’amour lancé à la face du monde, la magie de l’abondance opère. L’argent entre par un moyen ou par un autre, la table propose toujours un repas, la santé fait que l’on avance malgré tout, et l’Esprit, avec un E majuscule, cet Esprit qui nous nourrit tous de son Inspiration, là aussi avec une majuscule, fait en sorte de nous permettre de vivre, et non de survivre, car l’on s’écarte des propositions de consommation humaine, pour retrouver plus de simplicité, de beauté, de sens, en somme d’amour.
Lorsque l’on se dépouille de la peur associée à l’argent, c’est là que l’on peut enfin vivre, car on comprend à quel point s’éloigner de notre nature première nous coupe de toute abondance durable.
Revenons à mon exemple arboricole.
Le pommier va certes offrir sa pomme et servir le règne animal à se nourrir, mais il a une attente « naturelle » en faisant cela, attente non consciente, simplement « naturelle ». Il nous confie ses enfants qui sont les pépins de la pomme, que l’on va porter un peu plus loin en jetant le trognon ça ou là sur le chemin. Il nous confie une mission de fertilisation car nous irons rendre les fibres de cette pomme dans nos matières fécales (enfin, quand on rend cela ailleurs que dans un cabinet de toilette moderne). En somme, il offre pour que nous offrions en retour. Mais tout cela n’est que la finalité, car avant toute chose, ce pommier produit une fleur parfumée… Il n’a pas inventé ce parfum, c’est le sien propre, offert par Mère Terre, et si au printemps prochain il voulait modifier sa fragrance pour avoir autant de succès que le chèvrefeuille, ça ne fonctionnerait pas, car il n’est pas cette plante, mais un pommier (voir ici un individu lambda). Même s’il peut le penser par comparaison quotidienne, il n’est pas sans attrait pour autrui, car s’il veut bien produire ses fleurs (donc, offrir ce qu’il est intrinsèquement), il attirera autant que le chèvrefeuille, par sa fragrance originelle qui va indiquer aux pollinisateurs (voir ici les clients) que c’est un vrai, un bon, un pur pommier aux fleurs délectables. Bientôt, il sera recouvert d’abeilles qui vont le servir en retour, lui permettant de produire des fruits.
Le pommier offre en étant lui-même, sans se déguiser en une autre plante, et il a reçu naturellement, sans avoir à brader son existence. Il n’a rien attendu en conscience, puisque sa conscience est simplement d’être, sans attente, sans conséquence, sans peur. Être.
Il en va de même pour nous. Pourtant, c’est là où l’on se trompe, dans cette grande époque ou la masse entrepreneuriale a compris le conseil marketing « il faut donner pour recevoir », en « proposez du gratuit pour appâter puis fidéliser », en donnant parfois à perte à des influenceurs qui se sentent à peine concernés par la production offerte. Certaines personnes se sentent si coupables de faire payer leur bien ou leur service qu’elles bradent ou se donnent toutes entières à une clientèle souvent ingrate, endurcissant leurs relations jusqu’à exiger plus pour justifier le minimum.
Je pense qu’on a la clientèle qui nous ressemble, elle nous indique notre authenticité, si l’on est craint ou adoré, honnête ou non. Elle est un miroir de notre offre. C’est aussi simple que cela.
Notre société fonctionne avec l’argent, que nous savons aujourd’hui être une énergie comme une autre, et finalement une énergie nécessaire à la liberté. C’est notre époque. Nous sommes d’accord sur le principe, je pense, que l’arbre n’attend aucunement qu’on lui donne une pièce en retour ! Toutefois, il attend passivement une énergie, que j’ai déjà mentionnée : qu’on active la transmutation de la fleur en fruit, que l’on porte ses enfants plus loin, pour produire d’autres pommiers, nourrir des insectes décomposeurs, fertiliser la terre, et ainsi « parler de lui », donner le mot, pour que d’autres êtres viennent à lui et fassent pareil.
Je ne donne pas d’énergie d’argent au pommier, je lui donne une énergie de propagation. Il n’y a pas de transaction entre lui et l’abeille, mais un échange de bons procédés. L’abeille récolte le nectar, pollinise, et le pommier jouit des fruits reçus, et en une telle abondance !
Il est donc tout naturel de demander une rétribution lorsque vous souhaitez offrir au monde votre talent. Que ce soit un bien ou un service, et peu importe le domaine, votre nature est de servir le monde avec vos capacités, d’offrir cela aux gens en échange d’une énergie qui est, dans notre système humain, une énergie d’argent. Comme l’abeille a besoin de ce nectar, quelqu’un a besoin de votre talent, issu de ce qui vous constitue naturellement. Comme l’homme a besoin de ce fruit, cette personne qui aura bénéficié de votre talent ira tout aussi naturellement le propager, de bouche à oreille, ravie d’avoir pu expérimenter votre savoir-faire. N’importe qui, désireux de « goûter » ce talent, repartira avec la sensation d’avoir bien investi son argent, et le respect sera acquit quasi instantanément. Une clientèle aimante, respectueuse, fidèle et libre souligne là une offre naturelle, saine. À l’inverse, une clientèle hésitante, boudeuse voire insultante, ingrate parfois jugeante, fait référence à une offre contre nature. Il est donc nécessaire de regarder sa clientèle, aussi petite soit-elle, pour savoir si l’on se ment à soi-même et s’il n’est pas temps de se poser la question finale : si vous continuiez de faire ce que vous faites dans un monde utopiste où l’argent n’existait pas, l’offririez-vous de bon cœur à qui croiserait votre chemin ? Si vous répondez par la négative, vous saurez quoi faire…
Vous l’aurez compris, le but n’est pas de vendre pour s’en mettre plein les poches, mais d’offrir pour servir et de recevoir naturellement, à la hauteur de votre authenticité. Si vous faites quelque chose pour l’argent, cela n’aura aucune vitalité, aucune énergie d’attraction. En revanche, si vous faites cela pour offrir naturellement vos dons au monde qui a besoin de vous (et il en a besoin, croyez-moi, sinon vous ne seriez pas de ce monde), vous serez rétribué au moins à la hauteur de vos espoirs.
N’accusez plus l’époque, la situation géopolitique, n’allez pas vous fustiger vous-même : simplement, osez vous remettre en question.
Mais comment savoir si l’on est dans son authenticité, et donc dans sa ligne de vie, sans résistance ? On se sent bien. Calme. On se régénère en travaillant. On sent une lumière nous envahir et elle est si communicative qu’elle rejaillit sur toute votre clientèle. L’authenticité est une chose forte car, pour reprendre l’image du pommier, je vais goûter à des pommes qui vont ravir mes papilles. Je me dirais : « Ça, ce sont des pommes ! Sucrées, parfumées et délicieuses ! ». J’aurais envie de prendre soin de mon pommier, de lui offrir le meilleur, d’offrir de ses graines, de lui rendre l’énergie qu’il me donne, avec un peu de bouillie bordelaise à ses racines et d’autres soins qu’il ne m’a même pas demandés. Je vais l’aimer, le respecter, et savourer chacun de ses fruits. En somme, je vais le payer de retour, et grassement ! Quelle différence avec un entrepreneur authentique, qui sait qu’il est simplement là pour servir et offrir ? Ses pommes, ce sont ses services ou des biens pleins de conseils ou de plaisirs, que l’on aura envie de disperser après s’en être agréablement gavé. Et on voudra le payer de retour, oui, avec cette énergie financière. On voudra donner notre argent à cette personne parce qu’elle nous aura donné de son talent que Dieu a placé en elle pour nous servir sur le chemin de la vie. Ce n’est même pas une question de politesse ou de gratitude, mais d’amour. Et la boucle est bouclée, voyez-vous. L’amour, on y revient toujours !
Dieu n’aura de cesse de vous rediriger vers les capacités qu’il vous a offertes, en bloquant, si je puis dire, le mensonge mis en place. Car je le répète encore, mais si vous êtes vivants ici-bas, c’est que vous pouvez y servir, et donc y recevoir l’abondance, sans attente ni peur. Prenez le temps de rester dans le silence, demandez guidance, et laissez la Grande Intelligence Universelle vous souffler quel arbre s’est enraciné en vous. Ne faites aucune résistance, laissez-vous porter en analysant autant les échecs que les réussites, vos relations, la clientèle, et le degré de bien-être que vous ressentez à la fin de la journée. C’est via ces informations que parle le divin, et c’est en acceptant d’être redirigé, d’essayer, de servir pour le Plus Grand Bien, que l’on peut recevoir l’abondance qui nous est acquise de naissance.
N’oubliez pas que lorsque l’on agit contre nature, on est dans la concurrence, et non plus dans la collaboration. Tout ce qui se bat pour survivre finit par mourir. Tout ce qui communique pour s’élever, se fait une place de choix au soleil, durablement. Mais, prenez le temps de grandir, car le pommier, avant de faire ses premières fleurs et ses premiers fruits, aura eu son temps de silence, son temps d’humilité, d’attente, de persévérance. Sans se battre pour survivre, mais collaborant pour vivre.

Au fil du chemin, au coeur de la nature, lui sont inspirés des thèmes qu’elle partage ensuite, flamme après flamme, pour éclairer les coeurs enténébrés.